Pétition intersyndicale : Changeons la politique à l’égard des lycées professionnels

Signez la pétition sur 
https://www.petitions24.net/pour_l_enseignement_professionel_public

L’intersyndicale regroupant le SNETAA-FO, la CGT Educ’action, le SNUEP-FSU, le SNEP-FSU, le SNCL-FAEN, le SPIEN, le SIES, appelle l’ensemble des collègues des lycées professionnels, Segpa, Erea, SEP à se mobiliser contre les politiques mises en œuvre dans l’enseignement professionnel public.
Le gouvernement s’est enfermé dans une politique d’austérité. Pour masquer son manque d’investissement et de valorisation de l’enseignement professionnel, la ministre s’entête à vouloir développer l’apprentissage qui n’est pas la solution au chômage des jeunes. La possibilité d’une insertion durable dans l’emploi ne peut être que le fruit d’une autre politique économique.
La volonté du ministère de développer l’apprentissage dans les LP, LPO et SEP fait peser de graves menaces sur l’enseignement professionnel public. La mixité des parcours et des publics – qui sert notamment l’objectif de diminution des moyens alloués à l’enseignement professionnel – et la mise à disposition aux entreprises des plateaux techniques des lycées pro, dégradent non seulement les conditions de travail des PLP mais aussi les conditions d’études des lycéen-nes professionnel-les.  Aujourd’hui, le ministère prétend que le statut des PLP serait un « frein » au développement de l’apprentissage. Pour nous, la remise en cause du statut est inacceptable et nous appelons tous les personnels de la voie pro à s’opposer à de telles modifications.
Dans le cadre de la préparation de la rentrée 2015, au moment où le ministère met en place un droit de retour en formation professionnelle initiale pour les jeunes décrocheurs, aucun moyen supplémentaire n’est alloué aux LP, SEP, EREA et SEGPA pour prendre en charge ces jeunes et pour améliorer les conditions de travail des PLP fortement dégradées ces dernières années. Pire, Il est à craindre que pour financer certaines mesures mises en place à la rentrée 2015, les lycées professionnels et ses enseignant-es en seront écartés : éducation prioritaire, pondération… les moyens en seront ponctionnés sur l’enseignement professionnel public qui sert de variable d’ajustement.
Nous, personnels des lycées professionnels, Sep, Segpa, Erea, en signant cette pétition, demandons à la ministre de l’Education Nationale de changer sa politique à l’égard de nos établissements. Le gouvernement doit mesurer l’enjeu que représente l’Enseignement Professionnel Initial, Public et Laïque comme voie de réussite des jeunes, pour limiter les sorties sans qualification et pour former des travailleurs et des citoyens libres en conscience. 

REVALORISER L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL ?

Lors de sa conférence de presse du 5 février, le président de la République a annoncé que « les lycées professionnels seront revalorisés ». Le SNUEP-FSU lui demande de passer rapidement des paroles aux actes.

Le SNUEP-FSU avait mené à l’automne 2014 une grande campagne Cartes postales à destination de la présidence de la République. Pendant tout ce temps, nous n’avons cessé d’alerter le ministère sur la situation des LP et de l’enseignement professionnel et avons sollicité une audience auprès de la ministre, demande pour laquelle nous n’avons toujours pas eu de réponse.

Les lycées professionnels scolarisent un tiers des lycéen-nes. Aussi, remédier aux difficultés des LP, lutter contre les inégalités scolaires et le décrochage scolaire, assurer la réussite des lycéen-nes professionnels constituent une urgence : les professeur-es de lycée professionnel ne peuvent plus se contenter de vœux pieux. C’est d’un véritable plan d’urgence et de moyens dédiés dont a besoin l’enseignement professionnel aujourd’hui. Il faut développer l’offre de formation sous statut scolaire et développer des contenus de diplômes ambitieux, les conditions de poursuites d’études doivent être améliorées, il faut des moyens pour lutter efficacement contre le décrochage et un retour effectif et dans de bonnes conditions des jeunes sortis sans qualifications. L’apprentissage ne saurait constituer une réponse à nos difficultés.

Il faut aussi redonner les moyens aux enseignant-es d’agir pour la réussite de tout-es, rendre effectif et développer la formation initiale et continue pour tous les PLP, améliorer leurs conditions de travail et reconnaître enfin leurs missions au service des élèves les plus en difficultés.

Il faut enfin traiter la question de la place des LP dans l’Éducation prioritaire et penser aussi la mise en place d’une carte des formations nationale dans l’objectif de développer la mixité sociale et lutter contre la « ghettoïsation » de certains établissements.

Le SNUEP-FSU est disponible pour en discuter avec le président de la République afin de concrétiser rapidement cette volonté partagée d’enfin « revaloriser les lycées professionnels ».

FORMATION INITIALE DES ENSEIGNANT-ES: UN DROIT POUR LES PLP AUSSI

Après le saccage de la formation des enseignant-es, le SNUEP-FSU avait accueilli favorablement la création des ÉSPÉ. Ces lieux de formation dédiée devaient réhabiliter leur formation et reconnaissaient que le métier d’enseignant-e est un « métier qui s’apprend ». Très vite, le SNUEP-FSU avait pointé l’inexistence de parcours adaptés pour les PLP. Pour le SNUEP-FSU, en ce qui concerne la formation des PLP, le constat est consternant ! Il y a urgence à apporter des correctifs voire à modifier en profondeur le cadre établi par la réforme, notamment la carte des formations.

Les stagiaires ex-contractuel-les PLP sont particulièrement maltraité-es : ils/elles sont majoritaires à effectuer un service complet et ne bénéficient donc pas de formation adaptée à leur cursus antérieur, si ce n’est sous forme de travail supplémentaire. Ces personnels auparavant précaires ont souvent été incités à passer les concours, mais le ministère leur refuse une formation digne de ce nom au prétexte qu’ils ont déjà enseigné.

Dans de nombreuses spécialités professionnelles, les ÉSPÉ ne disposent pas des formateurs/formatrices. Ainsi, l’employeur (MEN, Rectorat) effectue à la fois la formation, souvent sur les moyens de la formation continue et de la titularisation. Beaucoup de stagiaires PLP ne bénéficieront donc pas des ÉSPÉ pour les préparer au métier d’enseignant.

Le double pilotage de l’année de stage entraîne par ailleurs des discontinuités dans la formation : les universités autonomes fixent des contenus de masters différents d’une académie à l’autre. Quant au MEN, il impose des affectations selon une logique financière, là où les besoins sont importants, ce qui ne coïncide pas toujours avec le lieu de début des études…!

Enfin les stagiaires déjà titulaires d’un master, plus nombreux que prévu, semblent traité-es de diverses manières selon les ÉSPÉ, autant pour les contenus que pour l’évaluation et la titularisation.

Le SNUEP-FSU déplore l’incapacité des ÉSPÉ à assurer une formation égalitaire à tou-te-s les futur-es enseignant-es. Pour améliorer la réussite de tou-te-s les lycéen-nes professionnels, les PLP ont besoin d’une formation initiale complète et adaptée, accessible dans toutes les académies, au sein des ÉSPÉ. Une décharge de service de 12 heures est indispensable à une formation de qualité pour l’ensemble des PLP.

NOTE DU CONSEIL D’ANALYSE ECONOMIQUE : LE LEURRE DE L’APPRENTISSAGE

NOTE DU CAE : LE LEURRE DE L’APPRENTISSAGE ET DES PRECONISATIONS IRRESPONSABLES

 Le SNUEP-FSU a pris connaissance de la note « L’apprentissage au service de l’emploi » publiée par le Conseil d’analyse économique. Si le SNUEP-FSU partage le constat d’échec de l’apprentissage, l’analyse et les recommandations portées par ses rédacteurs repose sur de nombreux a priori et minimise l’importance de la formation générale et citoyenne des jeunes dont l’enjeu aujourd’hui est indiscutable.

Pour le SNUEP-FSU, les conclusions présentées par cette analyse, orientée à la seule faveur de l’apprentissage, sont inefficaces mais aussi dangereuses tant pour la formation et l’insertion professionnelle des jeunes que pour le développement de l’emploi dans notre pays.

Le SNUEP-FSU conteste vigoureusement la recommandation du CAE de baisser la part d’enseignement général dans les diplômes de CAP. Non, les disciplines générales ne sont pas des obstacles insurmontables pour les jeunes aux parcours « difficiles » et l’enseignement professionnel public a su démontrer sa maîtrise des pédagogies à destination des lycéen-nes professionnels. Le SNUEP-FSU n’est pas dupe : la minorisation de l’enseignement général remet en cause même l’accès aux diplômes des jeunes.

Brandir le leurre de l’apprentissage constitue ces dernières années la meilleure arme de ses promoteurs pour démanteler l’enseignement professionnel public. Concernant la taxe d’apprentissage, les rédacteurs du CAE préconisent d’augmenter encore la part de la taxe en faveur de l’apprentissage même. Que la part du « hors quota » passe de 38 % à 23 %, c’est encore trop d’argent pour l’enseignement professionnel et technologique publics et pas assez pour l’apprentissage !

Le SNUEP-FSU reste attaché aux diplômes de l’Education nationale qui sont, faut-il le rappeler, conçus au sein même des CPC, instances qui regroupent à la fois salarié-es, employeurs, enseignant-es et l’administration de l’EN. Il considère que c’est du rôle de l’Education nationale de garantir la qualité de la formation et de l’évaluation de ses diplômes. L’articulation d’un enseignement général et professionnel en fait leur force et leur intérêt au regard des autres certifications existantes. C’est la mise en œuvre de cette articulation qui conditionne la poursuite d’études et les possibilités d’évolutions futures des diplômé-es.

S’il faut effectivement reclarifier la frontière entre formation continue et formation initiale, les objectifs, les modalités, les lieux et les dispositifs de formation ne peuvent être identiques et doivent être adaptés en fonction des publics (moins de 18 ans, salarié-es, demandeurs-ses d’emploi).

Bien trop de moyens financiers ont été consacrés à l’apprentissage depuis dix ans alors que cet investissement n’a pas réellement prouvé son efficacité en termes d’insertion professionnelle des jeunes peu ou pas qualifiés ou de lutte contre le chômage. Le SNUEP-FSU considère que pour agir au service de l’emploi, il faut agir au service de l’éducation des jeunes et leur assurer une scolarité et un accès aux diplômes, seuls garants d’une insertion professionnelle réussie.

Le dogmatisme de l’apprentissage

Premier réflexe du gouvernement sitôt les résultats des élections régionales connus : annoncer des mesures en faveur de l’apprentissage pour réduire le chômage.  Dogmatisme, vous avez dit dogmatisme ? Petit coup d’oeil dans le rétroviseur, en mai 2011…

APPRENTISSAGE RELANCÉ : LE DOGMATISME DU MINISTÈRE

Nicolas Sarkozy, qui voudrait voir une baisse durable du chômage s’amorcer en 2011, avant l’élection présidentielle de 2012, a réaffirmé son objectif de porter le nombre de jeunes formés en contrat d’alternance de 600 000 à 800 000 (dont 600 000 en apprentissage). À sa demande, le gouvernement prépare depuis 2009 un nouveau « plan de relance » de la formation en alternance. Les 1er travaux pour favoriser le développement des contrats d’apprentissage et de professionnalisation ont été engagés par L. Wauquiez, l’ancien secrétaire d’État à l’Emploi. Ce chantier est aujourd’hui piloté par X. Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, et N. Morano, ministre chargée de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle.

Pour arriver à ses fins, le gouvernement veut augmenter le quota d’apprentis (4 % des salarié-es) et imposer un système de bonus-malus lié aux entreprises. Pour financer en partie cette relance, la majorité envisage de réformer la taxe d’apprentissage en diminuant significativement, entre autres, la part allouée aux formations professionnelles initiales sous statut scolaire (cf. encart : réforme de la taxe d’apprentissage). Notons que l’ensemble de ces mesures n’augmentent pas la contribution de l’État à ces formations : les régions et les partenaires sociaux, très critiques sur ces projets, ne sont pas dupes.

Derrière un discours fallacieux sur le chômage et le problème de l’insertion professionnelle des jeunes, le gouvernement tente une fois de plus d’imposer les formations en apprentissage au détriment du service public de la formation professionnelle initiale sous statut scolaire. Les dernières études du CEREQ* ont pourtant montré qu’il n’y avait pas d’adéquation directe entre mode de formation (scolaire, apprentissage, contrat pro,…) et insertion professionnelle des jeunes. Cette étude remet aussi en question l’idée préconçue qu’il existerait une « génération sacrifiée » et montre qu’une grande partie de la jeunesse, n’a pas de problème d’insertion. L’apprentissage n’est donc absolument pas une solution miracle au chômage des jeunes : la solution de fond réside en un véritable traitement du chômage dans sa globalité.

Le SNUEP-FSU a été reçu au ministère du travail et a tenté de le mettre en garde contre ce que nous qualifions d’une nouvelle erreur économique et politique. En effet, malgré les différents plans de relance financés à coups de milliards d’euro, l’apprentissage n’a jamais réussi à se développer et ce malgré la multiplication des aides aux entreprises. L’apprentissage n’est pas l’outil miracle permettant une meilleure insertion professionnelle des jeunes et n’a pas permis d’éviter les sorties sans qualification. Les entreprises n’ont jamais eu vocation à former les jeunes. Elles cherchent avant tout à augmenter leur productivité et leur bénéfice. Ces 10 dernières années, l’apprentissage est resté stable dans les secteurs où il est traditionnellement implanté. Il s’est développé aux niveaux supérieurs (III et plus) pour lesquels l’apprenti peut être « rentable » pour l’entreprise, et n’a pas réellement de problèmes d’insertion professionnelle ! Cette nouvelle relance risque donc d’accentuer ce phénomène ne répondant en rien au problème des jeunes sortis sans qualification et qui ont eux des problèmes d’insertion durable.

Lors de cette rencontre, le SNUEP-FSU a pu constater la volonté dogmatique du ministère du travail de développer les contrats en alternance. Il dit travailler en étroite collaboration avec le ministère de l’EN (DIMA, développement de la mixité des parcours et des publics) pour arriver à ses fins et parie sur le développement de l’apprentissage dans les entreprises de 10 à 250 salarié-es ou il existerait d’importants gisements de lieux de stages pour accueillir les futur-es apprenti-es.

Le SNUEP-FSU condamne cette nouvelle tentative de relance de l’apprentissage aux niveaux V et IV. Il considère que ce n’est pas l’apprentissage qui peut répondre au problème des sorties sans qualification des jeunes et réaffirme le rôle central du service public de l’éducation dans la réussite de tous les jeunes. Il dénonce la politique menée par l’EN qui tend à siphonner les LP afin d’alimenter les formations en apprentissage.

Le SNUEP-FSU s’oppose à toute réforme de la taxe d’apprentissage qui va appauvrir, voire tarir, le financement des formations publiques sous statut scolaire.

 

* Centre d’études et de recherche sur les qualifications

Syndicat National Unitaire de l'Enseignement Professionnel Tél : 01 45 65 02 56