Les femmes et l’extrême droite : un ennemi qui vous veut du mâle

Le nombre de femmes séduites par l’extrême droite est en sensible hausse. Pourquoi cette aberration ?

Depuis une quinzaine d’année, l’extrême droite s’attache à obtenir un vote des femmes à hauteur de celui des hommes. Utilisation des peurs, travail sur l’image… derrière ce verni, elle n’en reste pas moins réactionnaire et masculiniste, rejetant l’émancipation des femmes. La lutte contre l’extrême droite est un défi majeur pour le mouvement syndical et féministe.

Le vote des femmes en faveur de l’extrême droite : une stratégie bien calibrée

Longtemps, les femmes ont moins voté pour l’extrême droite que les hommes. Ce « gender gap » électoral s’expliquait par une défiance accrue des femmes envers des partis autoritaires et hostiles à leurs droits. L’arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN en 2011 a marqué un tournant stratégique : féminisation de l’image du parti, euphémisation du discours, instrumentalisation des droits des femmes qui lui a permis de capter 24 % des suffrages féminins en 2017, jusqu’à faire disparaître complètement le « gender gap » lors de la présidentielle de 2022. Selon la politologue Nonna Mayer, ce vote repose sur plusieurs ressorts : les femmes les plus précaires, premières victimes des politiques libérales, peuvent percevoir l’extrême droite comme un rempart contre les injustices économique et sociale ; et un discours sécuritaire, instrumentalisant les violences sexistes et sexuelles pour justifier des politiques racistes et xénophobes séduit une partie de l’électorat féminin.

L’engagement des femmes dans l’extrême droite : trois vagues réactionnaires

À l’image des trois vagues du féminisme, les femmes engagées dans l’extrême droite ont suivi trois grandes vagues idéologiques. Dans les années 1930, elles s’opposaient aux suffragettes, défendant l’idée que les femmes avaient besoin de protection contre la misère plutôt que du droit de vote. Dans les années 1970, elles combattaient l’IVG, perçue comme une menace pour l’ordre social traditionnel. Depuis les années 2010, une troisième vague se prétend « fémino-compatible », exaltant des figures comme Jeanne d’Arc ou Antigone pour défendre un ultra-conservatisme militant et combattre la prétendue « théorie du genre ». Incarnée par des mouvements comme Némésis, elles mêlent nationalisme, racisme et antiféminisme, tout en s’alliant aux courants masculinistes. Leurs discours dénoncent une supposée « dévirilisation » des sociétés, accusant le féminisme d’être responsable de la « misère sexuelle » des hommes, de la baisse des résultats scolaires des garçons ou encore du « grand remplacement ». Cette intersection des haines racistes et sexistes alimente un antiféminisme de combat, marqué par le cyberharcèlement et des appels à la violence.

L’instrumentalisation des violences sexistes et sexuelles

Depuis MeToo, les violences faites aux femmes sont devenues un enjeu incontournable. Face à l’inaction des gouvernements, qui refusent de financer des politiques ambitieuses, l’extrême droite exploite les peurs pour capter un nouvel électorat féminin. À travers des groupes comme Némésis, récemment encensés par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, le RN prétend défendre les femmes en fabriquant la figure de « l’étranger violeur ». Cette rhétorique vise à détourner l’attention des mécanismes structurels qui perpétuent les violences sexistes et sexuelles, tout en justifiant des politiques racistes et xénophobes sous couvert de protection des femmes.

Un enjeu central pour les luttesi syndicales et féministes

Si l’extrême droite a su capter une partie du vote féminin, son programme demeure profondément antiféministe. À l’international, cette tendance se confirme : de Donald Trump aux États-Unis à Giorgia Meloni en Italie ou Viktor Orbán en Hongrie, les gouvernements d’extrême droite s’attaquent systématiquement aux droits des femmes, restreignent les libertés reproductives et sapent les politiques de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Face à cette menace, le syndicalisme féministe doit jouer un rôle central en déconstruisant ses discours trompeurs et en revendiquant des politiques publiques ambitieuses pour l’égalité et la justice sociale. Cela passe par la défense des services publics, la revalorisation des métiers féminisés, l’effectivité de l’égalité salariale et une lutte sans concession contre les violences sexistes et sexuelles. Derrière son « relooking » stratégique, l’extrême droite reste résolument l’ennemie des femmes.

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