La co-intervention : une attaque contre les disciplines

Ces heures de co-intervention sont « assurées par le professeur d’enseignement professionnel conjointement avec le professeur enseignant le français ou le professeur enseignant les mathématiques » (art-4). L’objectif serait de contextualiser les enseignements généraux. En faisant le choix de généraliser cette modalité d’intervention.pédagogique sur un volume pouvant atteindre 50 % du volume disciplinaire en CAP, le ministère s’attaque frontalement à la formation générale des lycéen·nes professionnel·les. Ce dispositif permet de masquer artificiellement une partie de la perte du volume horaire à destination des élèves.

La co-intervention ainsi imposée va mettre les PLP concerné·es dans des situations intenables.

Comment, quand on enseigne les maths ou le français, co-préparer de 4 à 6 séances par semaine avec des collègues de disciplines professionnelles différentes sans qu’il soit prévu du temps pour le faire ?

L’ensemble de ces dispositifs pédagogiques va multiplier les contraintes sur les emplois du temps obligeant les enseignant·es à rester présent·es toute la journée dans les établissements.

Le SNUEP-FSU s’oppose toujours à la mise en place de ce dispositif et appellera les PLP à le détourner au service des élèves et des enseignements.

Textes organisant la co-intervention

Il existe 3 niveaux de textes pour organiser la mise en œuvre de ce dispositif issu de la réforme Blanquer de la voie professionnelle :

  • Des textes réglementaires modifiant le Code de l’Éducation (loi, décrets et/ou arrêtés) et publiés au Journal officiel et au Bulletin officiel de l’Éducation nationale (BOEN). Ces textes ont évidemment une influence sur nos obligations réglementaires de service, ces dernières étant naturellement en lien avec notre statut.
  • Une circulaire (ou note de service) adressée par le ministre aux recteurs et rectrices pour organiser la mise en application des textes réglementaires.
    Elle n’est pas constitutive de nouvelles obligations de service pour les PLP. Bien que publiée au BOEN, ce type de circulaire ou note de service ne modifie ni le Code de l’Éducation, ni nos obligations réglementaires de service (ORS), et encore moins notre statut !
  • Un vade-mecum censé être un “guide d’accompagnement pédagogique”.
    La vocation initiale des “guides d’accompagnement pédagogique” est d’aider les enseignant·es dans la mise en œuvre d’un dispositif (nouveau ou non), en leur prodiguant des conseils et en leur donnant des exemples, sur lesquels il serait possible de s’appuyer pour construire leurs séquences.

En aucun cas ce type de document n’est contraignant pour l’enseignant·e, concepteur·trice de son enseignement, dans ses pratiques pédagogiques. Il est encore et toujours inscrit dans la loi que les PLP jouissent de leur liberté pédagogique, tant qu’ils et elles respectent les horaires et les programmes ou référentiels de leur discipline de recrutement.

GARDER SA LIBERTÉ PÉDAGOGIQUE
et rester sur la même planète !

Aucun programme ou référentiel n’impose qu’une notion ou une compétence soit traitée spécifiquement dans le cadre de la co-intervention (même si des “suggestions” plus ou moins habiles apparaissent dans certains nouveaux programmes d’enseignement général…).
Concernant la co-intervention, les seuls textes réglementaires auxquels sont assujettis les PLP sont les arrêtés instaurant les grilles horaires de CAP et de bac pro.

Arrêtés du 21 novembre 2018

Co-intervenir ?

Ces arrêtés stipulent, dans leurs articles 4 respectifs, que les heures de co-intervention doivent être assurées conjointement par les profs d’enseignement professionnel et les profs enseignant le français ou les mathématiques. Certes, conjointement signifie “ensemble et en même temps“, mais l’unité de lieu où l’on est “ensemble” n’est pas définie par ces arrêtés. On peut être ensemble dans la même salle mais aussi dans le même bâtiment, le même lycée, la même ville, le même département… la même planète !

Classe entière ou groupe à effectif réduit ?

Les grilles horaires données en annexe des arrêtés CAP et bac pro ont une valeur réglementaire.
L’arrêté du CAP précise que la co-intervention se déroule en classe entière (puisqu’il n’y est pas prévu un déroulement en “groupes à effectif réduit”).
En bac pro, la grille ne donne aucune indication particulière sur la répartition des élèves pendant la co-intervention. L’établissement a toute latitude pour l’utilisation de son volume horaire complémentaire, dans le cadre de son autonomie…

Résumé de nos obligations réglementaires

En CAP : 2 professeur·es doivent intervenir ensemble et en même temps en classe entière.
Les professeur·es font ce que l’exercice de leur liberté pédagogique leur permet de faire : ils/elles organisent la séquence comme bon leur semble, quitte à intervenir à tour de rôle, d’une séquence à l’autre, ou sur une moitié de séquence chacun·e, par exemple, et surtout en choisissant quand il leur paraît opportun ou non d’évoquer à 2 le même sujet !


On en parle …

… en actualité syndicale

Aucune actualité syndicale sur ce thème.

…dans le journal ACTU’

N°144 – Janvier 2025

Dossier

Regard sur le CAP

Le CAP a longtemps favorisé une insertion rapide dans le monde du travail. En 1, 2 ou 3 ans, il…

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