CAPLP 2026 : une session sous tension qui confirme l’abandon de la voie professionnelle
Alors que le ministère multiplie les discours sur la « revalorisation » de l’enseignement professionnel, la session 2026 du CAPLP s’ouvre dans un flou inédit : réforme improvisée, répartition des postes toujours inconnue et incertitudes pour les candidats. Comparée à 2025, déjà marquée par une baisse sensible du nombre de postes, la nouvelle session risque de confirmer un recul alarmant du recrutement. Un danger majeur pour les élèves, les LP et l’avenir même de la voie pro.
À partir de la session 2026, le CAPLP adopte un nouveau format : le concours externe, pour certaines sections, devient accessible dès la licence (bac + 3), à l’occasion de la réforme de la formation des enseignants. Toutefois, la session 2026 est particulière : concours « anciens » (bac + 5) et « nouveaux » (bac + 3) coexistent dans deux disciplines, Mathématiques-Sciences et Lettres-Histoire, pour la période de transition.
+ 14 % de postes à l’externe : faut-il vraiment s’en réjouir ?
Il convient d’être prudent face à des chiffres en trompe-l’œil. En raison du flou budgétaire, et pour la première fois, le ministère indique que le nombre total de postes offerts pour 2026 n’est pas encore définitivement fixé ; la répartition sera publiée « la veille de la première épreuve d’admissibilité ». Cet aveu d’impréparation illustre l’incertitude structurelle qui pèse sur cette session et ne rassure en rien celles et ceux qui envisagent de se présenter au concours.
Plus encore, cette hausse apparente est largement artificielle : elle s’explique par la coexistence de deux concours dans deux disciplines, chacun doté d’un vivier séparé. L’ouverture d’un concours bac + 3 et d’un concours bac + 5 en Mathématiques-Sciences (2 × 95) et en Lettres-Histoire (2 × 135) équivaut à une double session sans précédent. Les lauréat·es du concours bac + 3 ne seront d’ailleurs stagiaires qu’à la rentrée 2027, contrairement à celles et ceux du concours à bac + 5.
Une fois cette “double session” retirée : une vraie baisse de 7 %
Si l’on retire cette anomalie liée à la transition, le total des postes réellement offerts pour 2026 tombe à 1019, contre 1092 en 2025 : soit une baisse de 7 %. La tendance à la réduction se confirme donc.
Dans l’enseignement professionnel, les signaux d’alerte se multiplient. Aucun concours n’est ouvert en Génie civil, alors même que l’an dernier il y avait encore 40 places réparties sur 3 concours. En Biotechnologies, l’érosion est encore plus frappante : 112 postes contre 210 en 2019. Comment parler de « revalorisation » quand les volumes fondent de moitié en quelques années ?
À l’interne : un nouveau coup porté à la titularisation des contractuel-les
Alors même que le nombre de contractuel·les explose dans les LP, le ministère réduit une nouvelle fois les possibilités de titularisation : 446 postes en 2025, contre 402 en 2026, soit une baisse de près de 10 %. Ce choix interroge d’autant plus que, l’année dernière, plus de 2 000 dossiers RAEP avaient été envoyés. Autrement dit, la demande est forte, mais l’offre de titularisation se réduit. Pour le SNUEP-FSU, c’est une absurdité dans un contexte de pénurie d’enseignants.
Troisième concours : une voie en perte de vitesse
Le troisième concours poursuit sa chute libre. Après un record de 125 postes en 2023, les volumes diminuent chaque année : 118 en 2024, 113 en 2025, et seulement 87 en 2026. Cette voie, qui devrait permettre à des professionnel·les expérimenté·es d’entrer dans l’enseignement sans condition de diplôme, semble abandonnée à son sort. Moins de postes, moins de visibilité, moins de candidats : un cercle vicieux.
La vraie question : pourquoi l’enseignement professionnel n’attire-t-il plus ?
Ce que le ministère ne questionne jamais, c’est la cause profonde du manque d’attractivité. Pourquoi les concours se vident ?
Pourquoi les postes ne trouvent pas preneur, même lorsqu’ils sont ouverts ?
Pourquoi les contractuel·les peinent à se projeter, malgré leur engagement ?
Pour le SNUEP-FSU, la réponse est pourtant connue : conditions de travail dégradées, réformes incessantes, sous-investissement chronique, salaire d’entrée trop faible, fermetures d’options, baisse des horaires disciplinaires… Tout concourt à rendre la voie professionnelle moins attractive.