Réforme de la voie professionnelle

Lutte contre le décrochage aux dépens de la valeur des diplômes ?

(v. Journal n° 98, mai 2017)

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500 ouvertures de formations à la rentrée 2017 qu’ils disaient…

(v. Journal n° 96 p.7, février 2017)

Une parcimonie de formations diplômantes pour les lycées professionnels

La politique menée par les différent-es ministres de l’Éducation lors de ce quinquennat n’a pas été à la hauteur des enjeux concernant l’enseignement professionnel. Aucune solution ambitieuse n’a été proposée pour valoriser la voie professionnelle publique sous statut scolaire. L’ouverture annoncée par le ministère de plus de 500 formations professionnelles en LP à la rentrée 2017 arrive bien tard et est loin de bénéficier d’une communication comparable à celle dont bénéficie l’apprentissage, d’ailleurs toujours développée.

Prêcher le volontarisme

Les premières remontées des cartes de formations académiques ne coïncident pas avec une mise en oeuvre effective de cet objectif. Régions et rectorats semblent mettre à mal la volonté d’ouvertures de formations. Ils freinent des initiatives, refusant des créations de sections rares mais porteuses, ferment encore des sections GA et n’hésitent pas à contourner le projet en réinstaurant des mentions complémentaires (MC) ou des formations complémentaires d’initiative locale (FCIL) en lieu et place de sections professionnelles pérennes préparant à un CAP ou un bac pro.
Début 2016, le ministère tablait sur 20 % de BTS parmi les 500 ouvertures ou accroissements de capacités d’accueil de certaines classes, les 80 % restants devant cibler des CAP et bacs pro. À la fin de l’automne, la répartition apparaît tout autre : plus de 600 formations possibles dont 33 % de BTS, 21 % de bacs pro et 12 % de CAP. Mais ces chiffres cachent une autre réalité.

Masquer une réalité moins rose

Le ministère s’emploie à ouvrir des formations, mais régions et rectorats sont peu enclins à le suivre. En effet, des formations sont fermées, des capacités d’accueil réduites et l’apprentissage est développé (avec ou sans mixité des publics et des parcours) au détriment du scolaire. Sur la moitié des académies, représentant plus de 280 ouvertures, une section de CAP ou de bac pro ferme pour deux ouvertures, un tiers profite à l’apprentissage et la moitié des créations concerne des formations non pérennes que sont les MC et FCIL. Le seul point positif est l’ouverture nette de plus de 60 sections de STS. Mais la carte des formations gérée selon le flux d’élèves, tel que prôné par l’Inspection générale dans un rapport en juillet 2016, peut nous laisser douter d’une ambition réelle pour nos élèves.
Les inégalités territoriales quant à l’accès à une formation professionnelle risquent de s’accroître. Quand dans certaines académies comme celle de Rennes c’est le statu quo (+ 1 CAP, – 0,5 bac pro, + 5 BTS), des académies comme Besançon ferment plus qu’elles n’ouvrent ou alors transfèrent en apprentissage ; et d’autres gagnent plus d’une dizaine de formations (La Réunion). Dans l’académie de Bordeaux, 4 ouvertures de CAP, un bilan nul en bac pro, une quinzaine de BTS et presque autant de MC ou FCIL. Sur Créteil, une ouverture de bac pro mais 22 sections en apprentissage et 16 MC ou FCIL. Où est le volontarisme pour le développement de l’enseignement professionnel ?

… et baisser les prévisions

Les 500 ouvertures devaient aussi s’accompagner de la création de 1000 postes. Or, la loi de finances 2017 ne prévoit en réalité que 234 postes supplémentaires. Si la DEPP annonçait 5000 élèves supplémentaires dans l’enseignement professionnel pour la rentrée 2017, cette prévision est tombée à seulement 200 élèves de plus dans le projet annuel de performance. Cette différence prévisionnelle notable trouve une explication dans le fait que le MEN parie sur une plus forte orientation en 2nde GT – comme cette année – et vers l’apprentissage.
Le SNUEP-FSU dénonce ce double discours du ministère et son jusqu’auboutisme en faveur de l’apprentissage. Le « dépotoir » – c’est ainsi que Bernard Toulemonde, ancien recteur et inspecteur général honoraire, qualifie l’enseignement professionnel das un entretien paru dans Ouest-France le 6 janvier dernier – aimerait davantage de considération de la part du ministère et des régions.

 

 

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