Alternance dans l’EN : rapport du CESE février 2014

Le SNUEP-FSU construit et argumente son opposition à l’apprentissage à partir des réalités, des études de chercheurs/euses, des rapports divers qui paraissent. Exemple, avec l’analyse du rapport du CESE (Conseil économique, social et environnemental) sur l’apprentissage dans l’Education nationale.

L’alternance dans l’Education nationale
Note du SNUEP sur le rapport du CESE de février 2014

Le texte est bien argumenté mais pas d’une lecture facile. C’est clairement un plaidoyer en faveur de l’alternance (apprentissage) avec toutefois quelques réserves dans la conclusion. Dans cette même conclusion, cette contribution est présentée comme un élément de réflexion à destination du gouvernement, ce qui semble être démenti par l’introduction qui rappelle la volonté du gouvernement de développer encore et toujours l’apprentissage (500 000 à l’horizon 2017).
Il est justifié par le fait que l’alternance est une solution aux difficultés d’insertion des jeunes.
Cette affirmation dogmatique peut toutefois être remise en question en partant d’exemples concrets. La région Centre qui est dans le peloton de tête pour le nombre de jeunes en apprentissage présente un taux de chômage des jeunes supérieur à la moyenne nationale.
Un voile pudique est jeté sur le caractère discriminatoire de cette voie de formation, les moins bons résultats aux examens, des poursuites d’études plus faibles que par la voie scolaire, un coût supérieur, un taux de décrochage bien supérieur.

Page 7, est citée la note n°229 du Céreq de mai 2012 qui va d’ailleurs dans notre sens.
On nous présente l’alternance comme un mode d’action pédagogique, or la pédagogie, cela s’apprend et les acteurs de l’alternance, hors éducation nationale ne sont pas ou peu formés (tuteurs, formateurs …)
On peut se demander où est l’impartialité de cette étude quand pour démontrer les biens faits de l’alternance on compare les chiffres 2007 pour les scolaires avec ceux de 2012 pour l’apprentissage !
Il faut rappeler que dans les années 80 la grande majorité des diplômes délivrés étaient obtenus par la voie scolaire, or on ne parlait pas de problème d’insertion des jeunes sur le marché du travail. Cette insertion difficile est bien liée aux conditions économiques, aggravées en période de crise et non pas au mode de formation.
La situation de la formation par la voie scolaire n’est pas satisfaisante, nous pouvons partager ce point de vue, mais plutôt que de se tourner vers un autre mode de formation, il faudrait cibler les causes des insuffisances du système scolaire.
Il est vrai que ce point n’est pas abordé, il remettrait forcément en cause les réformes qui ont impactées l’enseignement professionnel (bac pro 3ans, formation des enseignants, RGPP, ….)
On fait le distinguo entre formation théorique et formation pratique. La formation pratique n’a pas besoin de l’alternance pour exister puisqu’elle est délivrée par des enseignants spécialisés au sein des lycées professionnels et technologiques.
Il est noté que l’alternance dans les niveaux supérieurs contribue à améliorer son image. Preuve que l’apprentissage, malgré la pensée unique souffre bien d’un manque de crédibilité.
L’enseignement professionnel sous statut scolaire est présenté comme une exception européenne. Pourtant la France n’est pas en plus mauvaise position que les autres pays européens en matière de compétitivité et de désindustrialisation !

Page 9, il est clairement dit que l’objectif des stages en entreprises serait de donner envie aux scolaires de quitter l’école pour se tourner vers l’apprentissage ! Là encore, il est réaffirmé que l’apprentissage leurs donneraient « une formation professionnelle un peu plus structurée », ce que nous contestons. Au mieux il s’agirait d’une meilleure adaptation à un poste de travail mais pas à l’acquisition de bases suffisamment solides pour exercer un métier en toute autonomie avec de réelles possibilités d’évolution professionnelle.

Il est rappelé page 10 que « l’obsolescence rapide des savoirs et des techniques réclame une disponibilité et une plasticité intellectuelle qu’il faut entretenir ». Nous réaffirmons que c’est justement avec une solide formation initiale, avec des contenus ambitieux que l’ont peut faire face plus facilement à ces évolutions technologiques de plus en plus rapides.

Le rapport semble aller dans ce sens page 11 « « Il n’y a pas d’apprentissage continu, fut-ce par alternance, sans un socle préalable de connaissances pour lui donner un sens ! »
L’échec de la voie scolaire est abordé, quand fera-t-on un réel bilan pour en définir les causes ?

Page 12, il est encore rappelé le discours majoritaire qui souligne la dégradation lente et continue des performances scolaires. Là encore, il serait grand temps de faire un bilan des réformes qui ont amené le système scolaire où il en est !

L’exemple donné page 15 s’il illustre bien la possibilité de s’appuyer sur son expérience propre pour évoluer et se former, il n’est pas applicable à des élèves qui justement sont en formation et non pas en en situation professionnelle.
Il est émis l’idée que l’on n’apprend pas pour faire mais que l’on fait pour apprendre. C’est la pédagogie utilisée dans les lycées professionnelle et qui permet de donner un sens aux apprentissages : s’appuyer sur le concret pour aller vers l’abstrait. Encore faudrait-il réactiver une véritable formation pédagogique des enseignants !

Page 20, sur les périodes en entreprises (stages, PFMP, …) le rapport reconnait le manque de coordination et d’efficacité de ces dispositifs. Rien d’étonnant si l’on se réfère aux objectifs de chaque partie. Si la mission première de l’école est de former, celle de l’entreprise est de produire. Dans un contexte économique tendu ou la compétivité est encore plus recherchée, quel temps reste- t-il pour l’encadrement des stagiaires ou des apprentis dans l’entreprise ?

Nous partageons l’idée émise page 22 « Aussi est-t-il capital de pouvoir, par sa mise en application, rapporter cette connaissance aux réalités de son utilisation dans le monde du travail ». Nous avions d’ailleurs pensé que les PFMP devraient être remplacées par des PEMP. Il ne s’agit plus de Formation mais bien d’Expérimentation (des savoirs et savoir-faire acquis à l’école) au sein de l’entreprise.

Pour finir, la France a-t-elle encore son mot à dire en matière de formation professionnelle, tant les injonctions de l’Europe sont fortes en ce domaine (page 21) ? Doit-on abandonner toute ambition pour les jeunes qui se retrouvent dans la voie professionnelle au profit du redressement économique ?

 

 

DÉCENTRALISATION – POLITIQUES RÉGIONALES

Acte III de la décentralisation et carte des formations professionnelles

L’acte III de la loi de décentralisation suscite beaucoup d’interrogations. En voici, l’analyse du SNUEP-FSU paru dans le J78 de janvier 2014.

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