Archives de catégorie : Actus droits et libertés

Algérie : Maurice Audin, toujours le silence

Algérie : 60 ans après les faits toujours le silence !

Juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien engagé pour l’indépendance de l’Algérie est arrêté à Alger par les parachutistes du général Massu et n’est jamais réapparu.
Les autorités françaises avaient confié, le 7 janvier, à la 10e division parachutiste les pouvoirs de police dans la ville. C’était la « Bataille d’Alger », où quelque 3000 Algérien-nes arrêté-es ont disparu. Le secrétaire général de la police d’Alger, Paul Teitgen1 refusant l’usage de la torture, a démissioné2.
Les autorités françaises ont affirmé jusqu’en juin 2014, que Maurice Audin s’était évadé. Si François Hollande a reconnu que les différents documents et témoignages prouvent qu’il a bien été assassiné lors de sa détention, il ne dit rien sur les responsabilités de l’Etat français.

1- Ancien résistant et déporté.

2- Lettre du 29 mars 1957 : « Depuis trois mois nous sommes engagés […] dans l’anonymat et l’irresponsabilité qui ne peuvent conduire qu’aux crimes de guerre ».

L’Etat d’urgence permanent

Le 22 juin 2017, le Conseil des ministres a présenté 2 projets de lois attentatoires aux droits et libertés et les préfets garderont seuls jusqu’au 1er novembre leurs pouvoirs exorbitants, sans juge pour prévenir les détournements constatés…
Le 1er (adopté le 6 juillet par l’Assemblée nationale) prolonge l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017 soit presque 2 ans de régime d’exception ! La France demeurera ainsi seule, avec l’Ukraine et la Turquie, à subir ce droit d’exception. Le 2nd introduit dans le Code de la sécurité intérieure, après les lois des 3 juin et 21 juillet 2016, des dispositions qui accroissent considérablement les pouvoirs de police administrative du ministre de l’Intérieur et des préfet-es : périmètre de sécurité imposant à tou-tes des contrôles d’identité, palpations de sécurité, inspections visuelles et fouilles des bagages, visites des véhicules, mesures individuelles de surveillance à l’égard de personnes présumées suspectes de lien avec le terrorisme comportant des restrictions de libertés, perquisitions de jour et de nuit, saisies de données informatiques…. C’est un mépris de l’état de droit et du respect des droits et libertés de chacun-e, mais aussi des engagements internationaux et européens de la France.

MADAGASCAR 1947 : INSURRECTION ET MASSACRES

En mars 1947 les élus de Madagascar demandent le statut d’État libre, balayé d’un revers de main par V. Auriol. Les abus coloniaux et même le travail forcé continuant malgré l’abolition du régime de l’indigénat, une insurrection éclate le 29 mars 1947 et pendant 20 mois ce ne sont que crimes de guerre, destructions de villages et de récoltes, viols, exécutions sommaires… L’indépendance n’est obtenue qu’en 1960, le 29 mars est férié depuis 1967. Il faudra attendre 2005 pour que la France reconnaisse officiellement les massacres, position confirmée en 2016 au sommet de la francophonie qui a lieu à Madagascar.

Pour nos exigences sociales, contre l’extrême droite

Avec 11 millions de voix pour sa candidate au 2e tour des présidentielles, l’extrême droite poursuit sa progression. Véritables imposteurs, ses militant-es défendent la « préférence nationale » et le repli nationaliste et prospèrent sur la colère légitime devant les politiques antisociales, libérales et austéritaires. Tout en s’efforçant de se présenter comme les véritables défenseurs des classes populaires ou encore des femmes, ils organisent et encouragent au rejet de l’autre, des étranger-es et des migrant-es. Il est urgent de construire la résistance sur le terrain social ! L’extrême droite se combat sur tous les fronts !

TURQUIE : ACHARNEMENT CONTRE LES FEMMES

De 2002 à 2009, les meurtres de femmes ont augmenté de 1 400 % en Turquie. Au cours de l’année 2014, au moins 294 femmes ont été tuées. En janvier 2016, c’est 20 % de plus que l’année précédente. Rappelons le féminicide d’Özgecan Aslan, la jeune étudiante Alévie, violée et tuée par le chauffeur du minibus qui la ramenait de l’université.
Depuis 2014, Erdogan s’attaque aux droits des femmes et à leurs associations. Pour lui, une femme étant avant tout une mère, il s’est attaqué l’an dernier à la contraception et au planning familial. Ses déclarations misogynes légitiment les attaques à l’encontre des femmes et renforcent le sentiment d’impunité des agresseurs.
Pinar Selek1 est soumise à des procès kafkaïens. Depuis 19 ans, les procédures se multiplient, d’une Cour à l’autre, d’un acquittement (4e en 2014) à une condamnation (demande de la perpétuité par le procureur de la Cour de cassation en 2017). Cet acharnement fait que Pinar Selek est devenue le symbole d’une Turquie résistante malgré la répression.
Les intellectuelles sont poursuivies pour leurs écrits et leurs positions comme Ramize Erer2 qui a créé le seul journal de BD conçu exclusivement par des femmes, avec une parole sans tabou. Menacée, elle a dû s’exiler il y a 2 ans. Quant à la romancière Asli Erdogan et à la linguiste Necmiye Alpay, remises en liberté (décembre 2016) après 4 mois de détention, elles sont toujours accusées de « terrorisme ».

1- Sociologue, militante antimilitariste féministe et écrivaine connue pour ses écrits sur les groupes opprimés dont les Kurdes. Accusée pour acte terroriste en 1998 alors qu’elle est déjà en prison, torturée, libérée en 2001, elle vit en exil à Strasbourg.

2- Dessinatrice féministe, qui a reçu le prix du « courage artistique » 2017 du festival off de la bande dessinée d’Angoulême.