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Le dogmatisme de l’apprentissage

Premier réflexe du gouvernement sitôt les résultats des élections régionales connus : annoncer des mesures en faveur de l’apprentissage pour réduire le chômage.  Dogmatisme, vous avez dit dogmatisme ? Petit coup d’oeil dans le rétroviseur, en mai 2011…

APPRENTISSAGE RELANCÉ : LE DOGMATISME DU MINISTÈRE

Nicolas Sarkozy, qui voudrait voir une baisse durable du chômage s’amorcer en 2011, avant l’élection présidentielle de 2012, a réaffirmé son objectif de porter le nombre de jeunes formés en contrat d’alternance de 600 000 à 800 000 (dont 600 000 en apprentissage). À sa demande, le gouvernement prépare depuis 2009 un nouveau « plan de relance » de la formation en alternance. Les 1er travaux pour favoriser le développement des contrats d’apprentissage et de professionnalisation ont été engagés par L. Wauquiez, l’ancien secrétaire d’État à l’Emploi. Ce chantier est aujourd’hui piloté par X. Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, et N. Morano, ministre chargée de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle.

Pour arriver à ses fins, le gouvernement veut augmenter le quota d’apprentis (4 % des salarié-es) et imposer un système de bonus-malus lié aux entreprises. Pour financer en partie cette relance, la majorité envisage de réformer la taxe d’apprentissage en diminuant significativement, entre autres, la part allouée aux formations professionnelles initiales sous statut scolaire (cf. encart : réforme de la taxe d’apprentissage). Notons que l’ensemble de ces mesures n’augmentent pas la contribution de l’État à ces formations : les régions et les partenaires sociaux, très critiques sur ces projets, ne sont pas dupes.

Derrière un discours fallacieux sur le chômage et le problème de l’insertion professionnelle des jeunes, le gouvernement tente une fois de plus d’imposer les formations en apprentissage au détriment du service public de la formation professionnelle initiale sous statut scolaire. Les dernières études du CEREQ* ont pourtant montré qu’il n’y avait pas d’adéquation directe entre mode de formation (scolaire, apprentissage, contrat pro,…) et insertion professionnelle des jeunes. Cette étude remet aussi en question l’idée préconçue qu’il existerait une « génération sacrifiée » et montre qu’une grande partie de la jeunesse, n’a pas de problème d’insertion. L’apprentissage n’est donc absolument pas une solution miracle au chômage des jeunes : la solution de fond réside en un véritable traitement du chômage dans sa globalité.

Le SNUEP-FSU a été reçu au ministère du travail et a tenté de le mettre en garde contre ce que nous qualifions d’une nouvelle erreur économique et politique. En effet, malgré les différents plans de relance financés à coups de milliards d’euro, l’apprentissage n’a jamais réussi à se développer et ce malgré la multiplication des aides aux entreprises. L’apprentissage n’est pas l’outil miracle permettant une meilleure insertion professionnelle des jeunes et n’a pas permis d’éviter les sorties sans qualification. Les entreprises n’ont jamais eu vocation à former les jeunes. Elles cherchent avant tout à augmenter leur productivité et leur bénéfice. Ces 10 dernières années, l’apprentissage est resté stable dans les secteurs où il est traditionnellement implanté. Il s’est développé aux niveaux supérieurs (III et plus) pour lesquels l’apprenti peut être « rentable » pour l’entreprise, et n’a pas réellement de problèmes d’insertion professionnelle ! Cette nouvelle relance risque donc d’accentuer ce phénomène ne répondant en rien au problème des jeunes sortis sans qualification et qui ont eux des problèmes d’insertion durable.

Lors de cette rencontre, le SNUEP-FSU a pu constater la volonté dogmatique du ministère du travail de développer les contrats en alternance. Il dit travailler en étroite collaboration avec le ministère de l’EN (DIMA, développement de la mixité des parcours et des publics) pour arriver à ses fins et parie sur le développement de l’apprentissage dans les entreprises de 10 à 250 salarié-es ou il existerait d’importants gisements de lieux de stages pour accueillir les futur-es apprenti-es.

Le SNUEP-FSU condamne cette nouvelle tentative de relance de l’apprentissage aux niveaux V et IV. Il considère que ce n’est pas l’apprentissage qui peut répondre au problème des sorties sans qualification des jeunes et réaffirme le rôle central du service public de l’éducation dans la réussite de tous les jeunes. Il dénonce la politique menée par l’EN qui tend à siphonner les LP afin d’alimenter les formations en apprentissage.

Le SNUEP-FSU s’oppose à toute réforme de la taxe d’apprentissage qui va appauvrir, voire tarir, le financement des formations publiques sous statut scolaire.

 

* Centre d’études et de recherche sur les qualifications

Communiqué intersyndical CGT, FAEN, SNETAA-FO, SNUEP-FSU

L’intersyndicale regroupant la CGT, FAEN, SNETAA-FO, SNUEP-FSU s’est réunie le vendredi 19 décembre pour analyser ensemble les politiques mises en œuvre dans le champ de l’enseignement professionnel public.

Enfermé dans une politique d’austérité, pour masquer le manque d’investissement et une réelle valorisation de l’enseignement professionnel, le ministère s’entête à vouloir développer l’apprentissage alors qu’il n’est ni la solution au chômage des jeunes, ni une voie de formation dispensant une formation permettant des poursuites d’études et une insertion durable dans l’emploi.

La volonté du ministère de développer l’apprentissage dans les LP, LPO et SEP fait peser de graves menaces sur l’enseignement professionnel public. Le mixage des parcours et des publics, qui sert notamment l’objectif de diminution des moyens alloués à l’enseignement professionnel et la sous-traitance des plateaux techniques des EPLE, dégradent encore les conditions de travail des PLP et les conditions d’études des lycéen-nes professionnel-les. Aujourd’hui, la ministre envisage de modifier le statut des PLP qui serait un « frein » au développement de l’apprentissage. Pour nous, cette éventualité est inacceptable et nous nous opposerons à de telles modifications.

Dans le cadre de la préparation de la rentrée 2015, au moment où le ministère met en place un droit de retour en formation professionnelle initiale pour les jeunes décrocheurs, aucun moyen supplémentaire n’est alloué aux LP, SEP, EREA et SEGPA pour prendre en charge ces jeunes et pour améliorer les conditions de travail des PLP fortement dégradées ces dernières années. Pire, Il est à craindre que pour financer certaines mesures mises en place à la rentrée 2015, les lycées professionnels et ses
enseignant-es en seront écartés : éducation prioritaire, pondération, … les moyens en seront ponctionnés sur l’enseignement professionnel public qui sert de variable d’ajustement.

Nos organisations condamnent le développement de l’apprentissage et demandent solennellement à la ministre de l’Education nationale de changer sa politique à l’égard des lycées professionnels publics. Le gouvernement doit mesurer l’enjeu que représente l’Enseignement Professionnel initial, public et laïque comme voie de la réussite des jeunes, contre les sorties sans qualification.

Nos organisations syndicales donnent rendez-vous aux PLP dès la rentrée de janvier 2015 pour construire ensemble les mobilisations nécessaires et riposter à cette politique.

BAC PRO GA : DES MESURES QUI NE SONT PAS A LA HAUTEUR DES DIFFICULTES

Le ministère a soumis au vote du CSE du 17 décembre 2014 un arrêté modifiant la définition des sous-épreuves professionnelles E31, E32 et E33 du Bac Pro Gestion Administration. Parmi ces modifications, l’une concerne la déconnexion du passeport de compétences de l’évaluation formative, l’autre est relative à l’évaluation de 17 classes de compétences en lieu et place des 55 précédemment prévues.

Ces modifications sont issues des propositions de groupe de travail ouvert par le ministère à la demande du SNUEP-FSU. Si elles proposent certaines corrections aux erreurs de conception de ce Bac Pro, elles sont loin de résoudre l’ensemble des difficultés que nous avions soulevées lors de ce GT. C’est pour cela que le SNUEP-FSU a voté ces propositions en abstention, exprimant ainsi sa forte déception. De plus, rien n’assure que ces modifications se concrétiseront rapidement sur le terrain.

Le Bac Pro GA a entraîné une dégradation importante des conditions de travail et les modifications proposées restent très insuffisantes et resteront sans effets sans un véritable accompagnement de formation des collègues.

Aujourd’hui, il est évident que le Bac Pro GA ne répond en rien aux objectifs visés lors de sa création. Il n’est aucunement attractif pour les élèves et leurs familles, il ne résout pas le problème du décrochage scolaire et des difficultés à trouver des lieux de stage. Ce Bac Pro est à revoir dans son ensemble, à la fois dans son architecture, ses contenus de formation et ses modalités de certification.

Le SNUEP-FSU a rappelé au ministère son exigence d”un bilan global, indépendant et objectif du Bac PRO GA. Le SNUEP-FSU exige aussi que toutes les solutions soient envisagées. Si une remise à plat totale de ce Bac Pro se révéle nécessaire, elle ne devra pas être écartée. Il est inacceptable de condamner des milliers d’enseignant-es à des conditions de travail aussi dégradées et de sacrifier ainsi des générations entières de jeunes.

FACE AUX ATTAQUES, LE SNUEP-FSU APPELLE A LA MOBILISATION

Les élections professionnelles sont passées. Fort de ses résultats, le SNUEP-FSU et ses militant-es poursuivront le combat. Nous sommes plus que jamais convaincu-es que notre action syndicale ne doit céder ni au choix de l’accompagnement des politiques menées, ni à la tentation du repli corporatiste et encore moins à l’adhésion aux idées réactionnaires. Le SNUEP-FSU continuera à œuvrer pour défendre le service public d’enseignement professionnel gravement menacé par la politique libérale et austéritaire du gouvernement. Nous continuerons à informer, résister et lutter pour empêcher la destruction de l’enseignement professionnel public.

Le SNUEP-FSU n’a pas cessé d’interpeller le ministère au sujet du Bac Pro GA et des conditions impossibles faites aux élèves et aux PLP y enseignant. Le ministère propose aujourd’hui des modifications des modalités de certification. Ces aménagements proposés en urgence ne sont pas à la hauteur des attentes. S’ils constituent une première modification, ils demandent une réelle concrétisation sur le terrain pour se traduire par un allègement des conditions de travail. Le SNUEP-FSU n’en restera pas là et demande toujours un bilan indépendant et objectif du Bac Pro GA dans toutes ses dimensions (finalités contenus, évaluations).

À la revendication de revalorisation salariale de nos métiers, le ministère, après avoir écarté les PLP de la pondération, répond par des décrets indemnitaires humiliants. Ces indemnités ne peuvent en rien compenser la perte continue de notre pouvoir d’achat, le travail accompli par les PLP et les nouvelles tâches qui chaque jour s’imposent à nous. Les textes en l’état ne sont pas acceptables. Nous ne laisserons pas les chefs d’établissement décider du niveau de notre rémunération ! Le SNUEP avec la FSU interviendra pour faire modifier ces textes.

Alors que le SNUEP-FSU n’a de cesse de faire remonter les difficultés et la surcharge de travail liés au CCF, le ministère poursuit sa politique de casse des certifications avec le projet de passage en CCF de l’épreuve de français-histoire du diplôme intermédiaire. Le SNUEP-FSU combattra ce projet.

Tous ensemble, il est possible d’inverser le cours de ces politiques. Contre la promotion de l’apprentissage, pour l’amélioration de nos conditions de travail, pour la revalorisation salariale, l’unité d’actions s’impose dans l’enseignement professionnel public.

Le SNUEP-FSU soutient les mobilisations unitaires des personnels pour l’éducation prioritaire et appelle les PLP à se mobiliser et à participer massivement au rassemblement du 17 décembre qui se tiendra lors du CTM.

Le SNUEP-FSU se mandate pour que la FSU appelle à la grève début 2015 dans l’éducation sur les questions budgétaires et salariales, les conditions de travail et mais aussi sur les enjeux de l’enseignement professionnel public.

APPEL ET SOUTIEN AUX MOBILISATIONS POUR L’EDUCATION PRIORITAIRE

Décidément, les choix des politiques éducatives menées par le ministère sont mauvais. Le ministère présente une carte des REP établie à moyens constants, et qui de plus exclut les lycées. Exclure l’enseignement professionnel de l’éducation prioritaire, c’est ignorer -ou feindre d’ignorer- la dégradation des conditions sociales et de vie de nos élèves et laisser les personnels de l’enseignement professionnel public démunis face aux difficultés grandissantes dans les classes. Dans ce contexte, nous ne pouvons qu’être très inquiets du sort qui sera fait aux lycées professionnels.

Une réforme de l’éducation prioritaire ne peut se réduire au seul périmètre de la scolarité obligatoire. Elle nécessite des moyens supplémentaires dans les LP-SEP-SEGPA-EREA pour permettre une meilleure réussite des jeunes.

Une réforme de l’éducation prioritaire ambitieuse et la promotion d’une formation professionnelle sous statut scolaire de qualité et émancipatrice nécessite des dédoublements systématiques (dédoublements qui ont disparu avec la réforme du Bac Pro 3 ans), deux professeur-es principaux par classe, la mise en place de moyens pour la vie scolaire et lycéenne, la gratuité des projets et des sorties culturelles et professionnelles, pour les enseignant-es un temps de service de 14 h devant élèves plus 4 h de concertation pour permettre le travail des équipes. Le SNUEP-FSU réaffirme la nécessité d’équipes pluridisciplinaires formées (enseignant-e, médecin, infirmier-e, assistant-e social-e, CPE) au sein de chaque établissement et l’octroi aux personnels de bonifications indiciaires fonctionnelles. Une réforme de l’éducation prioritaire ambitieuse doit également permettre l’entrée dans son dispositif de nouveaux établissements.

C’est pourquoi le SNUEP-FSU soutient les mobilisations unitaires des personnels qui se tiennent cette semaine et appelle les personnels à participer massivement au rassemblement du 17 décembre qui se tiendra lors du CTM.

LA LUTTE CONTRE LE DECROCHAGE SOUS LE REGNE DE L’AUSTERITE

Dans un contexte de crise globale, accompagnée d’une aggravation continue des inégalités sociales et d’explosion des chiffres du chômage, le 1er ministre et la ministre de l’EN ont présenté un plan national de lutte contre le décrochage scolaire.

Annoncée comme une priorité nationale absolue lors de la campagne présidentielle avec l’objectif de diviser par 2 le nombre de décrocheurs d’ici la fin du quinquennat, la lutte contre le décrochage scolaire avait déjà fait l’objet d’un plan annoncé par Vincent Peillon en décembre 2012.

Les mesures présentées aujourd’hui n’apportent rien de nouveau par rapport aux mesures Peillon, si ce n’est l’octroi de 50 millions d’euros supplémentaires par an, bien dérisoire au regard des enjeux. Sur 140 000 décrocheurs, cette enveloppe se traduit en réalité par moins de 400 euros par élève décrocheur.

La lutte contre le décrochage est une question de justice sociale. Avec l’enveloppe supplémentaire annoncée, l’impasse sur les questions de réduction des effectifs et d’instauration de seuils de dédoublement –notamment pour les 3e PP-, une carte des REP édifiée actuellement à moyens constants, le gouvernement présente un plan bien en deçà des enjeux éducatifs et sociaux.

Pour le SNUEP-FSU, diminuer le décrochage et permettre le retour en formation sous statut scolaire des milliers de jeunes aujourd’hui sans qualification professionnelle, il y a urgence à donner des moyens supplémentaires à l’enseignement professionnel public.