NON à la déstructuration de l’enseignement professionnel public au profit de l’apprentissage

Ces deux modes de formation initiale coexistent depuis longtemps, mais les contenus du projet de loi présenté au Conseil des ministres le 27 avril 2018 et les déclarations du gouvernement visent essentiellement à disqualifier la voie professionnelle scolaire pour mieux servir les intérêts des organisations patronales dans leur volonté de faire main basse sur l’enseignement professionnel au sein de l’École. Ainsi l’apprentissage est utilisé pour remettre en cause l’enseignement professionnel scolaire.

Beaucoup de points dans ce projet de loi expriment la volonté de favoriser l’apprentissage et de marginaliser l’EPP. Et n’en doutons pas, les déclarations du gouvernement se traduiront par des décrets, arrêtés et circulaires administratives qui iront tous dans le même sens.
Dans les 124 pages du projet de loi Pour la liberté de choisir son avenir professionnel, le lycée professionnel n’est cité qu’UNE SEULE FOIS. Ainsi le texte précise que “chaque année, pour chaque centre de formation d’apprentis et pour chaque lycée professionnel, les taux d’obtention des diplômes ou titres professionnels visés, de poursuite de parcours en formation, et d’insertion professionnelle à la suite des formations dispensées sont rendus publics“.
Certes, toutes les déclarations médiatiques convergent pour ressasser que le taux d’insertion professionnelle des apprentis est meilleur par rapport à celui des élèves des lycées professionnels. Mais la mise en avant de ces données, dans le projet de loi, est faite essentiellement pour dénigrer l’enseignement professionnel sous statut scolaire.
En effet, cette manipulation législative a ses limites car ces chiffres ne prennent pas en compte les taux de rupture de contrats d’apprentissage qui restent très élevés (29 % pour les Bac pro et BP et 38,1 % pour les CAP et BEP)1. Imaginons un seul instant que le LP ne garde que les 2/3 de ses élèves dès la première année !
Ces taux d’insertion ne prennent pas en compte non plus la sélection ethnique, sociale et sexuée déjà opérée en amont de ce type de contrat. Pour rappel, selon le dernier rapport annuel de performance, si près de 72 % des jeunes entrant en CAP par voie scolaire obtiennent leur diplôme, ils et elles ne sont que 61 % par la voie de l’apprentissage. En baccalauréat professionnel, près de deux tiers des élèves entrant en formation obtiennent leur diplôme alors qu’un seul apprenti sur deux l’obtiendra.
Le SNUEP-FSU s’insurge contre cette « révolution copernicienne » qui a pour seul objectif la privatisation d’une part importante de notre système d’éducation nationale.

Pour le SNUEP-FSU, la décision de communiquer les taux d’insertion professionnelle ne représente pas une solution aux questions de l’orientation. Cette unique communication est malhonnête car elle cache d’autres données importantes. Si elle se fait, les taux d’abandon et de poursuite d’études en fonction de la voie doivent aussi être rendus publics, sans biais.
Pour autant, le SNUEP-FSU refuse que les informations de l’orientation soient guidées par un adéquationnisme illusoire qui biaise le choix du jeune.

1- DARES Résultats N° 057 Septembre 1017.