CAPN INTER 2018

Déclaration liminaire des élu·es nationaux du SNUEP-FSU

Mesdames, Messieurs,

C’est dans un contexte de remise en question de l’enseignement professionnel public sous statut scolaire que se tient cette CAPN.

La voie professionnelle scolaire et ses personnels mis sur le banc

Le rapport de Madame Calvez et Monsieur Marcon sur la rénovation de la voie professionnelle a été rendu public jeudi dernier. Le SNUEP-FSU n’en partage pas du tout la finalité qui prône l’excellence de quelques-un·es tout en fragilisant la réussite de tou·tes. Quasiment l’ensemble des mesures font des lycées professionnels des « sas » pour préparer les jeunes, non pas à un métier, mais à entrer en apprentissage.
C’est une transformation d’ampleur qui est préconisée ici. Elle aura des incidences sur l’ensemble de la voie professionnelle scolaire : modification des parcours, des contenus et des certifications. Davantage qu’avec la réforme de 2009, le fonctionnement de nos lycées s’en trouvera profondément modifié. Le rapport nie la spécificité de l’enseignement professionnel qui aujourd’hui dispense des enseignements généraux et professionnels équilibrés, permettant une formation globale des jeunes.
Si les préconisations de ce rapport sont mises en œuvre, elles auront de graves conséquences pour les jeunes et les enseignant·es. Avec la mise en place d’une classe de seconde organisée en famille de métiers, les lycéen·nes perdront encore une année de formation en bac pro. On passerait donc d’un bac pro, hier en 4 ans puis en 3 ans à un bac pro en 2 ans ! Cela est en complète contradiction avec l’objectif d’améliorer leur insertion professionnelle. Les disciplines d’enseignement général seront sommées de répondre au seul objectif de développer quelques compétences sociales.
De plus, la mise en œuvre de Parcoursup, en instaurant des attendus, écarte de la poursuite d’étude une très grande majorité des bachelier·es professionnel·les.
C’est une véritable dévalorisation de la voie professionnelle qui est en marche ! La mise en œuvre des préconisations du rapport Calvez-Marcon associée aux mesures sur l’apprentissage annoncées le 9 février dernier signe la fin progressive du diplôme et de la formation complète et équilibrée à un métier. Pourtant, c’est bien la formation à un métier, plutôt que le parcours, qui permet aux jeunes une entrée dans les apprentissages professionnels et généraux. Le métier et le professionnalisme des professeurs de lycée professionnel s’en trouve de fait dénigrés. Le SNUEP-FSU ne peut l’accepter et agira lors de la concertation ministérielle débutant le 6 mars et avec la profession pour qu’un autre projet de formation professionnelle initiale des jeunes soit mis en place.
Les conditions de travail des PLP seront gravement dégradées par la réduction du nombre de filières et les classes de seconde à famille de métiers. Les incidences sur le nombre de spécialités seront fortes et les compléments de service vont se multiplier. Le SNUEP-FSU rappelle son exigence de la prise en compte des impacts de toute mesure sur les conditions de travail des PLP, refusant toute dégradation supplémentaire.
Concernant le recrutement et la formation des enseignant·es, le rapport Calvez/Marcon suscite aussi de vives inquiétudes. La préconisation d’un assouplissement des modalités de recrutement ne doit pas aboutir sur une remise en cause du concours et du recrutement de fonctionnaires. Cet assouplissement peut constituer une porte d’entrée pour un recrutement non statutaire effectué par les chef·fes d’établissement, ce que le SNUEP-FSU et la profession refusent.
 

Rémunération et carrière

En janvier, avec le report du PPCR, la hausse de la CSG et le gel du point d’indice, les PLP ont pu constater une baisse de leur rémunération. Dans une situation de dégradation des conditions de travail, cette baisse signifie que le travail des enseignant.es n’est pas reconnu. Le rétablissement d’une journée de carence pour l’ensemble des fonctionnaires participe aussi à une disqualification du travail qui pourtant n’a pas lieu d’être, bien au contraire. Les déclarations du ministre sur le possible recrutement par le/la chef·fe d’établissement de l’équipe pédagogique ajoutent de l’inquiétude pour bon nombre de collègues quant à leur mobilité et à leur travail en confiance.
A ce jour, les PLP sont toujours exclus de la pondération. L’indemnité de sujétion spéciale ne suffit pas à la compenser, d’autant qu’elle n’est pas versée sur tout le territoire, comme en Polynésie par exemple. Le SNUEP-FSU réclame l’accès à la pondération pour tou·tes les PLP.
Le SNUEP-FSU dénonce l’importante diminution du nombre de postes aux concours de recrutement. Alors que la part de non-titulaires dépasse 10 % dans un grand nombre d’académies, cette diminution va générer un recours encore plus important aux contractuel·les et engendrer davantage de précarité.
La situation explosive dans certains établissements de l’enseignement professionnel pose question. Le lycée Gallieni de Toulouse en est un exemple criant. L’absence de mesures concrètes pour améliorer les situations des lycées professionnels qui accueillent des élèves en difficultés sociales nous alarme tout autant. Le renvoi des problèmes et de leur résolution aux seul·es enseignant·es n’est pas acceptable. Cela illustre le désengagement des cadres de l’Éducation nationale, notamment envers les lycées professionnels. Le ministre a beau répéter sa confiance et son respect envers les professeurs de lycée professionnel, dans les faits, ces dernier-es ne sont ni soutenu·es ni écouté·es malgré leur engagement quotidien. Le classement des lycées en éducation prioritaire doit être renouvelé en tenant compte des réalités sociales et scolaires. La carte de l’Éducation prioritaire doit être ouverte aux lycées professionnels accueillant des publics particulièrement difficiles ou défavorisés.
Valoriser la voie professionnelle passe par une reconnaissance salariale des personnels et le rattrapage du pouvoir d’achat perdu depuis plusieurs dizaines d’années (environ 9 % depuis 2010). Cela passe aussi par une amélioration des conditions de travail, l’abrogation de la journée de carence et la résorption de la précarité des personnels en favorisant l’accès à la titularisation.
Pour faire entendre ces légitimes revendications, le SNUEP-FSU appelle les personnels des lycées professionnels à participer massivement à la grève et aux manifestations prévues le 22 mars prochain.

Mutations

Le mouvement 2018 des PLP reste globalement insatisfaisant. Seulement 55 % des stagiaires sont affecté·es sur leur vœu n°1 et seulement 33 % des titulaires participant volontairement au mouvement obtiennent une affectation. Ces faibles taux ne peuvent satisfaire personne. Derrière ces chiffres se cachent des situations familiales et personnelles souvent dramatiques, des collègues en souffrance et une profession qui manque grandement d’attractivité.
Faute de capacités ouvertes dans les académies, des candidat·es n’obtiennent pas satisfaction malgré les bonifications liées à leur situation familiale, professionnelle voire médicale. Les réformes et mesures ministérielles de ces dernières années concernant l’éducation se concrétisent dans les académies par des suppressions de postes dans l’enseignement professionnel. Particulièrement, rappelons les 5000 postes supprimés par la mise en place de la réforme du bac pro en 3 ans.

Nous demandons que les capacités d’accueil soient en adéquation avec les besoins réels en enseignant·es titulaires. Il nous paraît indispensable, dans un souci de transparence, que les demandes des recteurs et des rectrices soient communiquées aux organisations syndicales représentatives. Il est inacceptable que des candidat·es n’obtiennent pas satisfaction alors que les capacités ont été demandées par les académies. Il est inacceptable de refuser d’affecter un·e titulaire sous prétexte que le vivier de non-titulaires permet de pallier aux manques.
Nous souhaitons un rééquilibrage du barème qui devrait permettre aux participant·es ne relevant d’aucune priorité légale d’espérer obtenir une mutation dans un délai raisonnable.
Nous demandons que soit réévaluée significativement la partie du barème commune à l’ensemble des candidat·es, à savoir l’ancienneté de poste. Nous rappelons notre demande de rétablissement d’une véritable bonification pour les TZR : les conditions de travail de ces derniers le justifient pleinement.
Nous réitérons notre demande pour que la vérification des vœux et barèmes se fasse à l’échelon national de façon à éviter les différences de traitement entre les académies.

S’agissant du mouvement spécifique national, dont nous reconnaissons l’utilité pour la gestion de certains postes ayant une spécificité indéniable, nous en condamnons l’utilisation parfois abusive qui constitue un frein à la fluidité du mouvement général. L’avis donné par le/la chef·fe de l’établissement support du poste ne nous semble pas être un élément probant et ne fait que renforcer l’impression de copinage pour un·e candidat·e local. Nous constatons que la grande majorité des affectations en P0096 et P8038 se fait par le biais du mouvement spécifique national. Nous en contestons sa légitimité.

Le mouvement spécifique des DDF est toujours aussi obscur. Les motivations de l’arbitrage que doivent opérer les inspecteurs généraux sont trop souvent incompréhensibles. Devant tant d’incompréhension, les collègues nourrissent rancœur et amertume. L’absence de perspective de mobilité à travers un mouvement transparent explique en partie le manque de vocation à cette fonction.

Le mouvement n’est pas fluide. Il se sclérose. Il devient quasiment impossible d’entrer dans certaines académies (Corse, Réunion, Martinique, Guadeloupe). Il devient impossible de quitter Créteil, Versailles, Amiens, Orléans-Tours… Pour quelques disciplines c’est le droit à muter qui disparaît. Les disciplines du tertiaire administratif sont particulièrement touchées. Dans toutes les académies les fermetures des sections de bac pro GA continuent. Rappelons ici que le SNUEP-FSU s’est dès le début opposé à l’architecture de cette formation. Si la filière du tertiaire administratif vient à être transformée, le SNUEP-FSU demande à ce que le volet ressources humaines soit pris en compte dès le début du processus et que les moyens humains et financiers soient à la hauteur pour éviter toute souffrance et empêchement d’évolution des collègues.

Le ministère a une nouvelle fois communiqué le projet d’affectation. Nous dénonçons toujours cette pratique qui se fait au mépris de toutes les règles du paritarisme. Cette pratique, sans parler de son coût, n’entraîne que stress, angoisse et détresse chez les candidat·es.

Le SNUEP-FSU continuera d’œuvrer pour plus de transparence et d’équité. Seul un mouvement national unifié permettant les mutations de poste à poste conjugué à des créations d’emplois garantira une meilleure satisfaction des vœux des personnels et la qualité du service public d’Éducation.