Réforme de la voie pro 2018 : des choix pris contre les LP

Le gouvernement prépare une grande réforme de l’apprentissage et annonce déjà sa volonté de le développer en pré-bac aux dépens de la voie professionnelle scolaire. Dans ce cadre, les LP devront répondre aux besoins immédiats des entreprises et se mettre au service du développement de l’apprentissage. Ce projet tourne ainsi le dos à l’ambition d’offrir aux jeunes issus des classes populaires une formation méthodique et complète au sein de l’Éducation nationale.

Les conditions de formation dans les CFA ne permettent pas de répondre aux exigences nécessaires pour que le plus grand nombre de jeunes accèdent à un premier niveau de qualification par l’obtention d’un diplôme. Elles répondent encore moins au besoin d’élévation des qualifications. Il était donc nécessaire de réformer ce type de formation. Mais l’angle choisi ne vise pas à résoudre ces failles. Plutôt que de revaloriser l’enseignement professionnel scolaire qui présente de meilleurs résultats et nécessite un investissement moindre, c’est l’apprentissage qui est promu à tous crins. Tant pis si ce système laisse sur le bord de la route 3 jeunes sur 10 et si ces derniers viennent grossir les rangs du million de jeunes sans emploi ni formation.

Le système d’orientation est attaqué par les tenants du développement de l’apprentissage. Les régions veulent accaparer les CIO et leurs personnels, afin de cantonner l’orientation à de l’information sur les métiers dont le territoire a besoin. Leur objectif est aussi de développer dans les collèges la promotion des formations en apprentissage pour capter le plus de jeunes possible dès la fin de la 3e et les détourner du LP ou de la voie générale et technologique, vers lesquels ils et elles se seraient naturellement dirigé.es. Mais les entreprises sont explicites : « C’est au collège d’apprendre à lire, écrire, compter. On ne veut pas de jeunes aux comportements inadaptés. » Aucun des acteurs ou décideurs de la formation professionnelle ne la considère pour ce qu’elle est : une formation où le jeune doit construire ses savoirs tout au long du processus.

Le mixage des parcours est plébiscité par les régions, le patronat et le gouvernement. Et pour le mettre en œuvre, le ministère veut généraliser les 2des à champ professionnel. Ainsi une nouvelle mission sera dévolue aux enseignant.es des LP : au prétexte de proposer plusieurs métiers aux jeunes en 2de, ils et elles sélectionneront les plus aptes à entrer en apprentissage dès la classe de 1ère. La classe de 2de serait une classe sas où s’organiserait le tri pour répondre aux attentes des employeurs qui ne veulent pas s’engager sur la signature de contrats de 3 ans. C’est une véritable instrumentalisation du service public d’Éducation, qui aurait comme mission principale la socialisation des jeunes avant de permettre aux plus performant.es d’entrer en apprentissage.

Les branches professionnelles comme les régions souhaitent pouvoir définir seules les contenus et les modalités de certification pour les formations en contrat de professionnalisation et/ou d’apprentissage, faisant de la formation globale qui reste pourtant essentielle pour la formation initiale des jeunes. L’apprentissage perdrait ainsi sa dimension de formation initiale en s’ouvrant notamment à l’obtention des CQP (certificats de qualification professionnelle). Les branches souhaitent réduire les enseignements généraux aux seuls «savoir lire, écrire et compter», sans se soucier de la culture générale nécessaire à toute vie sociale ni d’éventuelles formations futures. Les régions considèrent que les qualifications doivent être en lien direct avec les besoins du tissu économique local, sans se préoccuper de la volonté des jeunes ou de leur possible changement de lieu de vie.

Pas de discrimination pour entrer en LP

Pour le SNUEP-FSU, le développement de l’apprentissage ne doit pas être un but en soi : il n’est pas la solution, en particulier pour les mineur.es. L’objectif qui doit prévaloir est de permettre à toutes
et tous l’accès à un premier niveau de qualification, par l’obtention d’un diplôme. Or, si le service public accueille tous les jeunes sans discrimination, dans la limite des moyens alloués, l’apprentissage
est très sélectif : les entreprises préfèrent signer des contrats avec des garçons (70 %) et avec des jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration.
De plus, les adolescent.es doivent avoir, dès 16 ans, des comportements de « professionnels » adaptés aux attentes des employeurs.