Dopage financier et absence de vision politique

Dans un contexte où les entreprises n’embauchent pas, c’est toujours et encore l’apprentissage qui est présenté et financé par le gouvernement et les régions pour remédier au chômage ; alors même qu’aucun bilan des sommes dépensées ni des résultats obtenus n’est effectué.

Et pour mettre en place cette politique, tous les moyens publics sont mobilisés : réforme de la taxe d’apprentissage, crédit d’impôt, exonération de charges sociales, campagnes de publicité et création d’outils promotionnels à l’image des « développeurs de l’apprentissage » qui ont pour mission d’aller à la rencontre des entreprises afin de les encourager à embaucher des apprenti-es. Imaginons un instant que notre chère Éducation nationale ait eu l’idée géniale d’impulser de son côté des « développeurs de l’enseignement professionnel public sous statut scolaire » ! L’EPP aurait alors une bien autre image.

Atteindre 500 000 apprenti-es est un vieil objectif. On ne connaît pas la raison de ce chiffrage mais ce chiffre a été repris par les différents gouvernements depuis Edouard Balladur. Et sans aucune évaluation, les politiques ont décidé « d’arroser » tout le monde ! Ainsi le financement public de l’apprentissage est passé de 3,903 milliards en 2006 à 5,218 milliards en 2013.

Ce sont ainsi des sommes considérables engagées chaque année pour l’apprentissage. Chaque citoyen-ne a donc le droit de s’interroger sur l’utilisation de ces moyens, d’autant plus que l’objectif quantitatif est loin d’être atteint.

La baisse des effectifs ces dernières années cache un phénomène qui n’a cessé de se développer tout le long de cette dernière décennie : la baisse continue du nombre d’apprenti-es au niveau V et le développement croissant de l’apprentissage dans le supérieur.
Cette configuration questionne les décideurs politiques. Car si l’argument avancé est « la lutte contre le chô- mage », nous observons un changement de la physionomie sociale des apprenti-es et dans le même temps une concentration des moyens dans le supérieur. Dit d’une autre manière, l’évolution des effectifs et l’utilisation des moyens financiers sont défavorables aux apprenti-es issu-es des couches modestes (CAP et Bac Pro).

L’augmentation du taux de rupture des contrats d’apprentissage, tout particulièrement dans les niveaux V et IV, témoigne de la justesse de notre analyse.

Tous les indicateurs et données montrent que : Plus le niveau est bas et plus l’apprenti est touché par le chômâge.
– Dans les métiers où les CAP sont nombreux, le taux de rupture est très élevé.

–  Les apprenti-es du supérieurs ont largement moins touché-es par la rupture de contrat.
–  Dans les petites entreprises où les CAP et bacs pro sont nombreux, le taux de rupture est très élevé.
– Les grandes entreprises (250 salarié-es et plus) embauchent les apprenti-es du supérieur. En plus elles préfèrent payer des amendes car elles ne respectent pas le quota d’alternants fixé par la loi (1).

1. En 2014, neuf entreprises sur dix de 250 salarié-es et plus ne respectaient pas le quota d’alternant-es prévu par la loi dans leurs effectifs.