Tous au chevet de l’apprentissage !

Les LP mis à contribution

A 14 mois de la présidentielle, tour d’horizon des projets du gouvernement et de la droite pour faire de l’apprentissage la voie de formation professionnelle par excellence aux dépens de la voie scolaire.

De nombreuses études confirment toutes les failles de l’apprentissage dénoncées par le SNUEP-FSU (28 % de ruptures de contrat, dépendance aux aléas économiques, discriminations…). Pourtant, la pensée unique des politiques et des économistes surmédiatisés se refuse à privilégier les LP, bien au contraire. Les projets pour favoriser le patronat local se multiplient.

Proposition de loi Estrosi (1)
Le texte voulait :
– renforcer les compétences des régions sur l’apprentissage et écarter les recteurs et rectrices de l’élaboration de la carte des formations professionnelles initiales. Objectifs avoués : pouvoir fermer des LP ou les fusionner à terme avec les CFA afin d’en faire des « centres d’apprentissage professionnels régionaux », qui devront répondre à des besoins locaux et immédiats.
– rétablir l’apprentissage dès 14 ans. Malgré la chute des entrées post-3ème et le rapport de l’OCDE (2) pour lequel faire « acquérir un bagage minimum de compétences fondamentales en littératie et numératie » est le plus rentable à long terme, des député-es souhaitent que ces jeunes passent chaque semaine 3 jours en entreprise et 2 en classe, un seul étant consacré à des enseignements généraux. Les enfants de pauvres n’auraient même
pas droit au socle commun des libéraux (3) !
– permettre à tout-e apprenti-e de « bénéficier [sic] des mêmes conditions de travail que les autres salarié-es de l’entreprise ». Au
moment où le droit du travail est détricoté, ce recul sur les droits de l’Enfant est grave.
Le Sénat et les exécutifs régionaux ne manquent pas d’idées
Le texte (4) déposé en parallèle par les sénateurs/sénatrices Les Républicains va dans le même sens, ajoutant la simplification de la rupture du contrat, la rémunération liée au diplôme et non à l’âge et l’autorisation au travail de nuit pour les mineur-es.
Chaque région prétend aussi innover, quel qu’en soit le prix5. L’Île-de-France fera pression sur les CFA avec des contrats de performance pour augmenter leurs effectifs de 25 % en 5 ans, tandis que le rectorat de Toulouse veut réserver des places pour les apprenti-es dans des sections mixtes en LP.

Pensée unique dans les médias
Chaque semaine des articles se réfèrent à l’Allemagne, s’appuyant sur des données isolées de leur contexte et faisant fi des pays sans apprentissage qui ont un faible chômage des jeunes. Omniprésent, le thuriféraire Bertrand Martinot (6) veut faire de l’apprentissage « la voie de la formation professionnelle initiale de droit commun », sup-primer les LP, alléger l’enseignement général pour certains élèves dès la 4ème, réduire la place des diplômes au profit de
certifications de branches et de titres.

Un gouvernement « de gauche » qui prépare le terrain
Le gouvernement n’est pas en reste. Après les aides financières aux entreprises – alors qu’en Allemagne celles-ci financent presque seules l’apprentissage –, il veut aujourd’hui leur proposer « de nouvelles libertés » à travers le projet de loi El Khomri  (7).
Presque 100 ans après la réduction du temps de travail à 8 h par jour, les apprenti-es mineur-es pourraient en faire 10, et 40 heures par semaine ; inspecteur et médecin du travail en seraient seulement
informés. En cas de rupture de contrat, les CFA devront délivrer une attestation reconnaissant les compétences acquises.
Les écoles d’entreprises pourraient accéder à la part de la taxe d’apprentissage dédiée aux formations hors apprentissage (qui
vient déjà de baisser de 30 % dans les LP). Lycées des métiers, mixage des parcours et des publics, évaluations en compétences
isolées sont autant de chevaux de Troie pour asseoir cette révolution idéologique. En les combattant sans relâche, le SNUEP-FSU défend l’avenir de l’enseignement professionnel public, les élèves et les PLP.

1. Proposition de loi n°3077, refusée (provisoirement ?) par la Commission des affaires sociales.
2. Regards sur l’éducation 2015, 24 novembre 2015.
3. Tweet de Jean-Paul Delahaye.
4. Proposition de loi n°394, enregistrée le 10 février 2016.
5. Un-e apprenti-e coûte désormais plus de 18 000 €, contre moins de 12 000 € pour un-e lycéen-ne professionnel-le.
6. Économiste auteur d’un rapport en mai 2015 pour l’Institut Montaigne, un think tank libéral.
7. Loi travail visant la réforme du Code du travail.