Leurs outils pour développer l’apprentissage dans l’Éducation nationale

La 3e Conférence Sociale (1) et les Assises de l’apprentissage (2)
ont défini des axes de travail pour développer l’apprentissage dans le secteur public. Plusieurs leviers ont été mis en œuvre et/ou sont en cours d’élaboration dans l’Éducation nationale : modules de formation dans les ESPE, intégration de l’apprentissage dans l’orientation et l’affectation post 3ème, mise en place du PIIODMEP3, consignes aux équipes de direction… Or, penser l’élévation du niveau de qualification des jeunes et prétendre lutter contre le chômage sous le seul angle de l’apprentissage est une aberration. Face aux mutations technologiques rapides et à la complexité des sociétés contemporaines, les jeunes ont besoin de réussir une formation initiale solide et de qualité que seul l’enseignement professionnel public sous statut scolaire peut dispenser. Lorsqu’un-e enseignant-e titulaire intervient dans des UFA ou dans un CFA académique il-elle doit être recruté-e soit sur un poste gagé, ce qui revient à le détacher sur le CFA, soit être rémunéré-e en heures supplémentaires payées directement par le CFA. Financer un poste gagé coûte cher, car c’est l’État qui rémunère le fonctionnaire et qui le met à disposition du CFA public.

Façonner les esprits dans les ESPÉ
Dans le rapport Les freins non financiers au développement de l’apprentissage (4), les IG préconisent également d’utiliser le levier de la formation des enseignant-es. Ainsi dans les ESPÉ des modules seraient consacrés à cette notion d’apprentissage sous contrat de travail, pour convaincre les enseignant-es du bien-fondé de ce mode de formation. Le SNUEP-FSU s’oppose à cette orientation, d’autant que dans le même temps l’EN est dans l’incapacité de proposer une formation spécifique pour les futur-es enseignant-es de la voie professionnelle sous statut scolaire, qui fonctionne aussi sous forme d’alternance avec des stages en entreprise. Les élèves de cette voie pourraient avoir des enseignant-es sensibilisé-es à cette alternance, à son exploitation pédagogique et à son évaluation. Ils amélioreraient ainsi leur qualification et leur insertion dans le monde du travail.
Avec ces modules de formation, tout est mis en œuvre pour introduire le mixage des publics dans l’enseignement professionnel public. Face à la nouvelle baisse des signatures de contrat en 2015, le ministère accentue sa politique de valorisation de la voie de l’apprentissage au détriment de l’enseignement professionnel scolaire public. Ainsi, ce dernier se retrouve concurrencé par les CFA.

Les leviers dans les collèges
Dans le cadre du PIIODMEP, des visites de plateaux techniques
de CFA sont préconisées, tout comme des interventions de responsables de CFA, et la voie de l’apprentissage est présentée comme La voie de réussite vers l’insertion professionnelle. De même il est question de former les professeur-es de collège à l’orientation vers l’apprentissage. Les lycées professionnels sont rarement cités comme lieu de réussite ; au contraire, ils restent trop souvent perçus ou considérés comme synonyme d’échec.
Ainsi, au sein même du service public, des formations privées et/ou émanant des entreprises ont autant voire plus le droit de cité que les formations de l’EN.
En parallèle, les recteurs font évoluer AFFELNET, ajoutant de plus en plus de sections d’apprentissages (privé et public) dans les vœux possibles des jeunes, restreignant ainsi le nombre de vœux vers les LP. De plus, l’accent est mis sur l’existence de cette possibilité, via des dossiers spécifiques, questionnaires et autres lettres de motivation. Par ce biais, la voie de l’apprentissage peut apparaître pour les familles comme une « voie d’excellence » a contrario du lycée professionnel.

Au final, selon le ministère, valoriser la voie professionnelle est synonyme de valorisation de l’apprentissage, créant une hiérarchisation avec la voie scolaire. Pourtant, avec un taux d’accès au diplôme supérieur et une dépense intérieure moindre, la voie scolaire reste la voie permettant au plus grand nombre d’obtenir un diplôme professionnel.

1. Juillet 2014.
2. Septembre 2014.
3. Parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel.
4. Février 2014, La Documentation française.
5. – 2,3 %.
6. Système de gestion des affectations post-3ème.